Ajuster sa fertilisation en céréale biologique en fonction de ses objectifs

La sortie d’hiver arrive et avec elle le pilotage de la fertilisation des céréales. Celle-ci, si elle est bien pilotée, peut représenter un levier agronomique non négligeable pour favoriser le rendement et la qualité des productions.

Les blés bios sont souvent carencés en azote et ceux de la région PACA ne font pas exception en la matière. La faute très probablement à la disparition progressive de l’élevage dans les fermes et aux difficultés d’approvisionnement des céréaliers bio en fertilisants bon marchés. Cette carence pèse sur les rendements, et donc le revenu des agriculteurs. La mesure de l’Indice de Nutrition Azotée (INN) à floraison, permet de mettre un chiffre sur les manquements au blé. Plus l’INN est proche de 1, plus le blé est bien nourri en azote. On considère qu’en dessous d’un INN de 0.9, la carence azotée impacte le rendement du blé essentiellement par une diminution du nombre de grains/m² produits à l’ha. En mode de production biologique, on est effectivement très souvent en dessous de 0.9, ce qui impacte fortement le rendement potentiel qu’aurait pu faire le blé dans les conditions climatiques de l’année s’il avait été bien nourri en azote. La figure 1 représente, sur la base des observations de parcelles bio des campagnes 2014-2015 et 2015-2016 dans les Alpes de Haute- Provence (13 parcelles), le pourcentage de rendement réalisé par rapport au rendement potentiel climatique (rendement dans les conditions de sol si tout se passe bien, une fois le climat de l’année intégré) en fonction de l’INN. Si la pression adventices est bien gérée, les parcelles en bio arrivent à atteindre 50 ou 60% de leur rendement potentiel si elles sont placées derrière légumineuses ou fertilisées à un moment judicieux.


Figure 1 : Pourcentage atteint du rendement potentiel en fonction de la nutrition azotée

Calculer la bonne dose d’apport

Les besoins totaux en azote d’une culture dépendent du rendement final escompté (figure 2).

Figure 2 : besoins en unités d’azote par quintal de grains produits de différentes espèces.

La dose à apporter en azote est donc à raisonner en fonction de ses objectifs de rendement (et donc du potentiel de la parcelle) et du reliquat présent en sortie d’hiver (figure 3).

Figure 3 : calcul de la dose d’azote à apporter

Le calcul de l’azote disponible en sortie d’hiver (étape 3) peut être affiné par la mesure d’un reliquat azoté, que peut réaliser votre conseiller du réseau Bio de Provence Alpes Côte d’Azur. Prendre en compte ce dernier permet de substantielles économies pour apporter au plus juste des besoins de la culture.

L’apport au stade fin tallage-début montaison le plus efficace

L’efficacité des apports d’azote dépend de leur positionnement. L’apport idéal se situe en sortie d’hiver quand le blé est au stade épi 1cm, c’est-à-dire en début de montaison. Ce stade est atteint lorsque la distance entre le sommet de l’épi et le plateau de tallage est en moyenne de 1 cm sur le maître brin. L’épi en lui-même ne mesure que 2 à 3 mm (Figure 4). Ce stade est généralement observé mi-mars en bio dans les Alpes de Haute-Provence et un peu plus tôt plus au sud. L’apport unique d’azote à ce stade reste le meilleur compromis entre la favorisation du rendement et de la protéine. Plus on apporte tard et plus cela favorisera la protéine.


Figure 4 : reconnaissance du stade épi 1cm sur céréale. (Arvalis)

Bien positionner avant des pluies ses apports en l’absence d’irrigation

Une synthèse de 110 essais menés dans toute la France [1] sur la fertilisation du blé tendre biologique entre 1995 et 2014 montre un gain moyen de 5 quintaux/ha pour 60 kg d’azote apportés au tallage. Dans 50% des essais menés, l’apport de ces 60 unités a permis un gain moyen à l’hectare de plus de 50€. Ces chiffres recouvrent en réalité de très grandes disparités. Le premier facteur pouvant jouer est celui de la pluviométrie, nécessaire, avec la chaleur, à la bonne minéralisation. L’irrigation est donc un atout considérable pour sécuriser l’investissement dans de la fertilisation organique. En l’absence d’irrigation, la fertilisation organique peut s’avérer peu rentable dans le cas de printemps très secs. Il convient donc de bien surveiller la pluviométrie annoncée pour positionner ces apports avant des pluies de 15-20 mm à minima. L’expérience montre qu’il ne faut des fois pas hésiter à anticiper un peu dans la saison les apports d’azote à un moment de fréquence plus important des pluies. Afin d’acquérir des références en conditions sèches, Agribio 04 a réalisé des essais de différentes dates d’apports sur du blé tendre (variété précoce Nogal) sur la saison 2015-2016. En l’absence d’irrigation et avec un printemps très sec, des apports de 50 unités d’azote sur un blé en deuxième paille ont permis de gagner entre 5 et 15 quintaux/ha par rapport à un témoin non fertilisé. Les apports ayant permis les meilleurs gains en rendement sont les plus précoces (dans l’hiver, lorsque les pluies ont été encore présentes) et tardivement en avril (pluies du mois de mai par la suite).

Synthèse des essais 2016 sur l’optimisation de la fertilisation azotée

Mathieu Marguerie, Agribio 04 / BdP


[1Charlotte Glachant et Claude Aubert, CA 77)